Cet article interroge le fondement philosophique de l'obligation morale propre à la grossesse. Face à l'insuffisance des concepts classiques de potentialité et de dépendance fœtale — qui déécrivent des faits sans pouvoir en dériver des normes —, il propose une distinction entre personne physique (la femme enceinte, sujet autonome et réel) et personne éthique (le fœtus, constitué comme sujet moral par la décision maternelle de poursuivre la grossesse). C'est cette décision libre, au sens kantien …
Read moreCet article interroge le fondement philosophique de l'obligation morale propre à la grossesse. Face à l'insuffisance des concepts classiques de potentialité et de dépendance fœtale — qui déécrivent des faits sans pouvoir en dériver des normes —, il propose une distinction entre personne physique (la femme enceinte, sujet autonome et réel) et personne éthique (le fœtus, constitué comme sujet moral par la décision maternelle de poursuivre la grossesse). C'est cette décision libre, au sens kantien de l'autonomie, qui fonde l'obligation : non une contrainte extérieure, mais un engagement auto-généré qui institue à la femme une nouvelle identité constitutive de mère. L'article examine ensuite l'extension de cette obligation au-delà de la seule femme enceinte - vers le deuxième parent, le corps médical et la société -, avant de montrer que la grossesse structure un horizon temporel : elle engage les futurs parents à préparer les conditions d'existence d'un être irréductible à toute projection idéale. L'obligation de la grossesse se révèle ainsi paradoxale : elle précède l'existence pleine du sujet qu'elle vise, dépasse la personne qui l'éprouve, et pourtant ne trouve son origine qu'elle.