Cet article examinera le lien que Paul Ricœur a établi entre l’expérience de la lecture et le statut de l’être-soi (ipséité). Sans négliger la définition herméneutique et narrative du soi, je me concentrerai sur les aspects phénoménologiques et existentiels de cette corrélation. Premièrement, je montrerai que la manière dont Ricœur conçoit l’effet de la fiction sur l’identité est tributaire des concepts phénoménologiques, et également des théories phénoménologiques de la lecture. Deuxièmement, j…
Read moreCet article examinera le lien que Paul Ricœur a établi entre l’expérience de la lecture et le statut de l’être-soi (ipséité). Sans négliger la définition herméneutique et narrative du soi, je me concentrerai sur les aspects phénoménologiques et existentiels de cette corrélation. Premièrement, je montrerai que la manière dont Ricœur conçoit l’effet de la fiction sur l’identité est tributaire des concepts phénoménologiques, et également des théories phénoménologiques de la lecture. Deuxièmement, je soutiendrai que certains aspects phénoménologiques que Ricœur attribue à la lecture – en particulier sa nature incarnée et temporelle – peuvent être rapportés à l’ancrage phénoménologique du soi par rapport aux expériences fictionnelles. Enfin, j’examinerai la lecture que Ricœur propose de L’Homme sans qualités de Robert Musil, à la lumière de la nature hybride de l’imagination fictionnelle. J’analyserai comment, en rapport avec la nature dialectique de l’imagination narrative, des fictions telles que celle de Musil introduisent un changement catégoriel radical dans le discours philosophique sur l’identité, tout en restant ancrées dans les dimensions phénoménologiques et existentielles de l’expérience fictionnelle.