Lorsqu’on cherche à caractériser un objet, on peut d’abord parler de ses qualités. On
peut dire qu’un vase est grand, qu’il est en porcelaine ou encore qu’il est blanc. Pourtant,
l’énumération de ces propriétés purement qualitatives ne semble pas permettre de caractériser
exhaustivement ce qu’est cet objet. Il manque encore ce qu’on peut appeler ses dispositions.
Ces propriétés d’un type différent peuvent être comprises comme des pouvoirs ou des capacités
à donner lieu à une manifestation selon …
Read moreLorsqu’on cherche à caractériser un objet, on peut d’abord parler de ses qualités. On
peut dire qu’un vase est grand, qu’il est en porcelaine ou encore qu’il est blanc. Pourtant,
l’énumération de ces propriétés purement qualitatives ne semble pas permettre de caractériser
exhaustivement ce qu’est cet objet. Il manque encore ce qu’on peut appeler ses dispositions.
Ces propriétés d’un type différent peuvent être comprises comme des pouvoirs ou des capacités
à donner lieu à une manifestation selon des conditions de stimulation particulières. Le vase, par
exemple, est aussi fragile. S’il devait subir un choc ou tomber brutalement sur le sol, il se
casserait. Ces dispositions peuvent, à première vue, sembler mystérieuses ou insaisissables.
Sont-elles même observables ? Qu’expliquent-elles ? Pour reprendre la célèbre formule de
Molière, on pourrait dire que le fait que le vase ait une vertu « cassante » n’est en rien
informatif. Et, pourtant, la philosophie analytique contemporaine a retravaillé de manière
importante ces propriétés dispositionnelles. Loin d’être de simples vertus dormitives, elles
semblent pouvoir expliquer de nombreux phénomènes — comme la causalité, les lois de la
nature ou même encore le libre-arbitre — et avoir une existence réelle. Il apparaît donc essentiel
de bien comprendre de ce qu’il faut entendre par ces propriétés. L’objectif de cette entrée est de
rendre compte des questions, débats et conceptions qui structurent l’analyse de cette notion de
disposition. Après un bref survol historique et une démarcation de la notion, la deuxième section
explore en détails l’analyse des prédicats dispositionnels. Lorsqu’on dit qu’un objet a une
disposition, que veut-on réellement dire ? La troisième section porte sur l’ontologie des
propriétés dispositionnelles : de quel type de propriétés s’agit-il ? La quatrième porte sur leur
métaphysique : une propriété peut-elle être purement dispositionnelle ou a-t-elle besoin d’une
base ou d’un fondement ? La cinquième détaille les principaux arguments pour penser que
toutes les propriétés sont dispositionnelles. Enfin, la sixième section présente deux de leurs
grandes applications : l’analyse des lois de la nature et des modalités métaphysiques.