Cet article analyse la réception du sensus communis, ou sens commun, dans le contexte des débats entre Jean-François Lyotard et Jacques Rancière sur les implications politiques de l'esthétique de Kant. Alors que le sensus communis a suscité un intérêt politique depuis la lecture d’Hannah Arendt sur l’esthétique kantienne, Lyotard l’a critiqué en raison des problèmes liés à la théorie du consensus et de la communauté, en affirmant que le sublime détruit le sens commun qui relie l’idée au phénomèn…
Read moreCet article analyse la réception du sensus communis, ou sens commun, dans le contexte des débats entre Jean-François Lyotard et Jacques Rancière sur les implications politiques de l'esthétique de Kant. Alors que le sensus communis a suscité un intérêt politique depuis la lecture d’Hannah Arendt sur l’esthétique kantienne, Lyotard l’a critiqué en raison des problèmes liés à la théorie du consensus et de la communauté, en affirmant que le sublime détruit le sens commun qui relie l’idée au phénomène. En revanche, Rancière a présenté une perspective alternative, mettant en avant l’efficacité politique du sensus communis et critiquant l’argumentation de Lyotard. En isolant un facteur commun dans la Critique de la faculté de juger, à savoir le sensus communis, cet article montre que Lyotard et Rancière divergent dans leur compréhension du « devoir [Sollen] », ce qui explique leurs réceptions différentes de l’esthétique kantienne. L’article propose d’abord un aperçu des discussions sur le sensus communis et le « devoir » dans la Critique de la faculté de juger. Il examine ensuite l’argumentation de Lyotard en faveur de l’importance du sublime, en lieu et place du beau, comme fondement du sensus communis. Puis il évalue l’insistance de Rancière sur la communauté du beau et analyse sa critique de Lyotard à cet égard. Enfin, l’article identifie les points où la réception kantienne de Lyotard et celle de Rancière divergent dans la Critique de la faculté de juger, en lien avec la notion de « devoir ».